Bilinguisme

Interview à Joana, maman bilingue d’enfants bilingues

Nous voici avec le troisième interview de la série dédiée aux témoignages de parents d'enfants bilingues. Aujourd'hui c'est Joana Bragues qui répond à mes questions. Encore une fois, un portrait de famille plurilingue passionnant.

1. Bonjour Joana, pourrais-tu te présenter (métier, nombre d’enfants, nationalité, ville de 
résidence, etc.)

Bonjour Margarida! Je m’appelle Joana, franco-portugaise, 36 ans, maman de 2 filles de 4 et 6 ans, et nous habitons à la frontière de Genève, nous sommes ce que nous appelons plus communément par ici des « frontaliers », c’est-à-dire grossièrement que nous traversons la frontière chaque jour pour aller travailler dans notre pays voisin, qui est la Suisse.
J’ai moi-même grandi dans un environnement plurilingue car à la maison nous parlions portugais avec mes parents qui étaient les 2 portugais, et j’ai fait mes études et grandi en France, donc le français est rapidement devenu ma langue principale.
Après une carrière professionnelle dans les cosmétiques tournée exclusivement à l’international, le rythme de voyages était devenu impossible à gérer à la naissance de ma première fille, j’y ai donc mis une pause. Et aujourd’hui, le sujet de cette interview, qui est le bilinguisme, a justement été l’un des déclencheurs de ma création d’entreprise, Oh My Book box !

Cette zone appelée « frontalière » fourmille d’expatriés, et par conséquent s’est convertie en une zone multi-langues impressionnante. Le matin à l’école on entend plus de parents parler à leurs enfants en anglais ou espagnol qu’en français.

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2. Chez vous, il me semble, il y a bien plus que deux langues?

En effet ! A la maison, les filles parlent exclusivement espagnol avec leur papa, et portugais et français avec moi. Aussi elles sont habituées à entendre l’anglais car nous regardons mon mari et moi, des films et séries uniquement en anglais. Et je l’avoue lorsque nous voulons nous dire quelque chose sans que les filles nous comprennent, on se le dit en anglais.. je sais c’est mal ! Donc du moins à l’oreille, on vit avec 4 langues.

3. Vos enfants, sont-ils conscients de leur plurilinguisme? Comment ils le vivent auprès de leurs camarades ? Un moment bilingue rigolo, drôle ou, au contraire, triste à partager avec nous ?

Oui elles en sont bien conscientes, et le vivent chacune très différemment. Par exemple Zoé, la plus grande qui a 6 ans, et très fière de parler espagnol et affirme avec fierté à ses petits copains qu’elle est Espagnole/Portugaise et Française. Par contre Lou-Ann, sa petite sœur de 4 ans, ce n’est pas la même histoire, elle, elle affirme qu’elle est française et est plus difficile à faire parler en espagnol ou portugais hors de la maison.

Je pense que la différence des personnalités s’affirme également dans le plurilinguisme donc c’est plutôt positif qu’elles s’affirment jusque dans leurs moyens de communication.

4. Elles sont scolarisées dans une école « normale » (ou pas), avez-vous eu affaire à des remarques de la part des enseignants ?

Oui elles sont scolarisées dans une école maternelle classique (MS et GS), dans le petit village de 2 000 âmes dans lequel nous vivons.
Nous n’avons jamais eu affaire à aucune remarque car la zone frontalière dans laquelle nous vivons fourmille d’expatriés, et par conséquent s’est convertie en une zone multi-langues impressionnante. Le matin à l’école on entend parfois plus de parents parler à leurs enfants en anglais ou espagnol qu’en français. C’est une vraie chance, je le dit souvent à mes filles, au-delà d’avoir déjà la chance de grandir dans un environnement multilingue à la maison, elles ont la chance de voyager au quotidien avec des petits copains anglais, mexicains, italiens, allemands, qui leur partagent des habitudes différentes plus qu’une autre langue! Je suis intimement convaincue que l’ouverture d’esprit commence ainsi.. et j’estime chaque jour la chance que l’on a de pouvoir élever nos enfants dans un tel contexte culturel, car quand j’avais leur âge, ce n’était pas aussi simple de parler une autre langue, surtout qu’à leur âge moi j’arrivais en France et rentrait en CE1 sans savoir parler un mot de français, donc le regard des autres et ma perception en tant qu’enfant n’était pas du tout la même !

5. En famille, quelle méthode, si j’ose dire, avez-vous mis en place en termes de langue et de communication ? Est-ce que les stratégies évoluent en fonction de leur âge et de chaque étape de la vie ?

Nous en avons beaucoup parlé dès la naissance de Zoé, et nous nous sommes posé des milliards de questions sur le « comment faire pour qu’elles parlent l’autre langue ? » et nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il n’y a pas de méthode magique, tout dépend de l’enfant au final et de l’amour qui est mis dans la méthode de communication. La seule chose sur laquelle nous n’avons à ce jour encore jamais lâché (pour l’instant !), c’est que avec papa on ne parle QUE espagnol, même au moment de la lecture du soir, si les filles choisissent un livre en français, il le traduit en simultané (il est fort moi j’y arrive pas ! Trop dur un tel effort à 20h… !), et aussi le plus possible, les filles doivent répondre en espagnol si on leur pose une question en espagnol. Hormis ça nous n’avons pas réellement de méthode, hormis leurs livres dans les 3 langues qui sont le meilleur des supports pour nous.

6. Je ne sais pas si vous le savez mais pour moi, une langue est bien plus qu’un simple outil de communication, une langue est un tout, une langue est famille et sentiments. Pour vous, une langue c’est…

Exactement ce que vous venez de dire ! Pour moi une langue est un partage, une histoire, un héritage familial, des souvenirs et bien plus encore !

 

J’ai toujours trouvé drôle qu’en fonction de la langue dans laquelle on s’exprime, le ton n’est jamais le même. Mon mari dit souvent que lorsque je parle anglais je suis dure, ce qui serait logique car pour moi l’anglais c’est synonyme de contexte professionnel et de management, donc le ton se durci probablement. L’affectif est complètement absent pour moi en anglais, donc ça fait sens !

7. Le quotidien d’une famille multilingue est difficile, facile… quels sont, d’après vous, les aspects sur lesquels il ne faut pas être intransigeant ? (s’il y en a, bien sûr)

Je crois qu’il ne faut être intransigeant sur rien, finalement laisser les enfants intégrer la langue à leur rythme et s’ils en ont envie ou non. Ma fille de 4 ans ne veut plus du tout entendre parler portugais depuis que sa mamie nous a quitté. Pour elle c’est la langue de sa grand-mère et l’avoir perdu est trop douloureux et fait donc un rejet de tout ce qu’elle ne peut plus faire avec elle. Elle y reviendra j’en suis sûre mais je respecte qu’elle ne veuille plus le parler.

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8. Si on vous demandait des conseils pour élever un enfant bilingue simultané précoce, quelle expérience auriez-vous envie de partager ?

Je dirais qu’il ne faut jamais lâcher, et les obliger le plus possible à répondre dans la langue dans laquelle on leur pose des questions. Quitte à ne pas répondre tant qu’ils n’ont pas posé la question dans la langue référente du parent. A la maison on entend souvent « Papa j’ai faim. » … « Papa j’ai faim ! »…. » Papa tengo hambre » « ah vale ahora si te he entendido ! »

9. J’aimerais beaucoup connaître votre avis sur les familles monolingues qui décident d’élever leurs enfants dans le bilinguisme ? Qu’en pensez-vous ?

Je trouve cela super ! On me demande souvent si les boxs de livres en anglais sont exclusivement pour les enfants bilingues anglais, ce à quoi je ne réponds absolument pas ! Je rencontre souvent des parents qui ne sont pas bilingues de naissance et qui lisent des livres en anglais à leurs enfants, je trouve que c’est un beau cadeau qu’ils font à leurs enfants de les mettre sur l’ouverture du bilinguisme dès la naissance malgré qu’elle ne soit pas innée. Je ne peux que les féliciter et les encourager !

10. Envie d’ajouter un dernier mot ?

Merci pour cette idée interview qui est sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur et qui a toujours suscité chez moi de nombreuses questions. Je trouve super de traiter ce sujet qui concerne tellement d’enfants en France aujourd’hui. La mixité culture a donné naissance à de nombreux enfants bilingues et ça c’est beau ! Le bilinguisme chez les enfants a été l’une des raisons principales de mon envie de créer « Oh my Book box » , outre mon amour pour la littérature jeunesse, les livres ont toujours été le meilleur des supports pour moi en tant qu’enfant pour apprendre les langues, et nous les utilisons au quotidien avec nos filles pour parler et aborder tous les sujets. C’est donc un vrai bonheur pour moi de travailler avec toutes les maisons d’éditions françaises et étrangères et pouvoir proposer aux parents ce merveilleux support que sont les livres pour enfants !

¡Gracias Margarida!

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