✿ J’ai une chambre d’amis et je ne sais pas quoi en faire

Sacré Manuel Guisande qui dit que…

Ce n’est pas parce que j’ai de l’argent (d’ailleurs, ça se saurait si les écrivains étions riches !) mais il s’avère que le dernier appartement que ma femme et moi avons loué (pour rappel, celui-ci doit être mon 14e déménagement !) a une belle chambre d’amis.

Quand je l’ai vue, cette chambre, j’ai cru à une blague. J’ai cru qu’elle n’était pas à nous (franchement, qui, de nos jours, a une chambre d’amis ?) mais comme le propriétaire a tellement insisté, j’ai fini par accepter. Je me suis tout de suite mis à cogiter et j’ai immédiatement su ce que je pourrais en faire de cette chambre : j’allais la laisser vide et ainsi j’allais pouvoir jouer aux astronautes de la NASA : voler d’un coin à l’autre en prenant élan sur les murs. J’imagine déjà la scène : quelqu’un qui dit « Il est passé où Guisande ? », et ma famille qui répond : « Il vole, il vole… pour de vrai ! Regarde, là, par cette fenêtre, tu vas le voir passer ! »

Rien que de m’imaginer en train de faire des tours et de voler dans les airs, j’ai eu envie d’essayer d’absorber par dessous la porte tout l’air de l’intérieur de cette chambre, histoire de savoir si je ressentais quelque chose. Mais rien, j’ai perdu tout espoir quand j’ai entendu pour la énième fois le propriétaire dire que c’était la chambre d’amis… En plus, je suis tellement bête que le mot « ami(e)s » m’a tout de suite renvoyé à la mienne d’ami(e), en oubliant un détail important : je suis en CDI avec ma femme, la sioux !

Et depuis, depuis que cette pièce est la chambre d’amis, tous les jours j’y vais, doucement, j’ouvre la porte et je regarde s’il y a des gens à l’intérieur parce que si ça se trouve ma femme, la sioux, a prêté le trousseau de clés à quelqu’un. Mais non. Depuis deux mois que cette chambre est vide. Et je commence à me soucier et en même temps ça m’est égal, ça me réjouis sans me réjouir, ça m’inquiète sans m’inquiéter… et… je ne sais pas pourquoi mais cette chambre d’amis m’incite à réfléchir, bien de trop.

Et à quoi je pense ? Je pense que tous mes amis ont une maison (ce qui est très bien) ou alors (et c’est là le problème) c’est plutôt qu’il n’y en a qui en ont pas mais ils me trouvent tellement lourd qu’ils préfèrent rester sous la pluie ou sous un pont avant de venir chez moi dans ma chambre d’amis.

Et c’est pour ça que ces derniers temps je me sens bizarre, j’ai des questions qui me taraudent : « suis-je vraiment lourd et c’est pour ça que personne ne veut venir ? », « suis-je lourd ? suis-je pas lourd ? je le suis ? je ne le suis pas ? ». Et j’en suis arrivé à la conclusion que lourd, lourd je ne peux pas l’être, car je me regarde et je me vois bien mince, alors, tout au plus, je dois être un peu indigeste.