Bilinguisme

Le bilinguisme précoce simultané

On parle de bilinguisme précoce simultané quand un enfant au moment d’apprendre à parler est en contact avec deux langues.

Cette situation survient, la plupart des fois, au sein d’une famille dont chacun des parents est de langue différente. Il s’agit majoritairement de familles binationales, de couples mixtes, autant de façons de nommer une même situation.

Bilinguisme précoce simultané

à ne pas confondre avec…

Il ne faut pas confondre le bilinguisme précoce simultané avec le bilinguisme précoce consécutif. Il s’agit ici, majoritairement, des enfants qui n’ont qu’une langue à la maison mais dès leur entrée à l’école ils sont en contact avec une seconde langue. A partir de 6-7 ans on ne parle plus de bilinguisme précoce mais de bilinguisme tardif.

Le bilinguisme précoce simultané présente certaines particularités :

De caractère culturel :

Un des deux parents est souvent le transmetteur d’une langue dite minoritaire.

L’enfant ne connaît que cet environnement linguistique et familial, c’est donc pour lui tout à fait normal de s’adresser à un parent dans une langue et à l’autre parent dans une autre langue

Les enfants bilingues précoces simultanés n’ont pas 1 langue maternelle mais 2. C’est, en tout cas, ainsi que le ressentent les familles et les enfants, difficile de choisir entre père et mère.

De caractère cognitif :

Souvent on dit aussi de ces enfants qu’ils ont un bilinguisme coordonné car ils se comportent comme un locuteur natif dans les deux langues. Dans chaque langue ils ont une représentation pour le même objet de référence.

Bilinguisme précoce simultané

L’évolution du bilinguisme précoce simultané…

Chaque enfant évoluera de façon différente en fonction du milieu et du contexte dans lequel il vit. En effet, pour ces enfants il est extrêmement important de rester en contact avec la langue maternelle minoritaire au-delà de la figure parentale. C’est là qu’intervient le facteur « utilité » qui avec celui de « l’affectivité » jouera un rôle essentiel dans le bilinguisme de l’enfant.

Si le petit bilingue précoce simultané peut trouver des lieux de partage et de communication dans cette langue maternelle minoritaire, cela contribuera à l’équilibre de son bilinguisme et on pourra dire de lui qu’il a acquis un bilinguisme équilibré.

Le bilinguisme précoce simultané doit être vu et vécu comme un aspect tout à fait naturel et inné chez un enfant. Toutefois, il convient de souligner qu’il sera sans doute nécessaire de mettre à la portée de ces enfants des outils qui leur permettent de mieux avancer dans leur vie de bilingue.

…et l’entrée à l’école

Souvent, l’entrée à l’école est un choc pour les parents des enfants bilingues précoces simultanés. Alors que jusqu’à présent, les parents, dans leur conjugaison familiale et dans leurs modes de vies avaient bien integré les rôles et les partages des langues dans leur quotidien, un nouvel élément vient perturber, quelque peu, la machine mise en route depuis la naissance de l’enfant.

L’enfant bilingue précoce simultané peut montrer certaines réticences vis-à-vis de la langue dite minoritaire, il peut montrer certains blocages, il peut montrer une certaine préférence pour la langue de l’école car c’est la langue du social, du partage, la langue du relationnel… Les parents peuvent alors s’inquiéter au vu de la forte progression linguistique dans la langue de l’école au détriment de l’autre.

Ce ne sont que des possibilités, cela ne veut aucunement dire que tous les enfants bilingues précoces simultanés passent par ces différentes phases. Au contraire, certains ne montrent aucun changement.

Si chacun reste à sa place et si les bases posées sont bonnes, il n’y a pas de raison d’avoir peur. L’enfant est un être extrêmement intelligent et son cerveau adaptable et flexible saura très vite retrouver un équilibre.

Un autre jour, nous parlerons de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour ces enfants bilingues.

 

A titre de rappel :

Quand on parle de bilinguisme, on parle, par extension, de plurilinguisme. Pour un enfant qui est en contact dès sa naissance avec trois langues, on parlera de trilinguisme.

On parle ici de langue minoritaire pour se référer à la langue maternelle à laquelle l'enfant est le moins exposé.
Traduction

Livre “Les super nouveaux métiers”, nouvelle traduction

Le premier semestre 2018 a été une période très réussie en termes de projets professionnels intéressants. Depuis janvier, j’enchaîne les beaux défis et les projets de traduction, rejoignant ainsi mes clients mensuels dans la rédaction de contenu et la communication online.

L’une de ces traductions a été le livre “Les Super Nouveaux Métiers : 20 nouveaux métiers que parents et enfants doivent connaître absolument”, écrit par Alphasso et avec de belles illustrations de Mary Hasanpour. Le livre existe donc maintenant dans sa version espagnole.

Livre, Les Super Nouveaux Métiers, Alphasso

Les super nouveaux métiers

Il s’agit d’un livre pour enfants (4 à 8 ans) qui intéressera également les parents et les enseignants. L’auteur, à travers 20 petits récits, veut ouvrir les enfants au nouveau marché du travail mondial. Le monde a changé et si avant les enfants rêvaient de devenir pompiers, coiffeurs ou architectes… maintenant ils peuvent aussi envisager beaucoup de nouvelles possibilités.

À l’ère de l’information et de la stimulation ultra-rapide, la vie change et les emplois aussi. Quand nos enfants grandiront, quand ils entreront dans le monde du travail, ils auront des possibilités infinies devant eux, de nouveaux emplois qui peuvent sembler “étranges” pour certains d’entre nous. Mais ne voulons-nous pas le bonheur de nos enfants ? Ne voulons-nous pas qu’ils rêvent et que leurs rêves se réalisent ?

Alors pourquoi ne pas envisager de devenir un faiseur de pluie, un fermier urbain spécialisé en aquaponie, un détective privé sur Internet, un spécialiste du cofinancement et bien d’autres ?

Une étude récente (2017) réalisée par Dell Technologies en collaboration avec l’institut californien “Think Tank” indique que 85 % des emplois qui seront créés en 2030 n’existent pas encore. C’est l’une des raisons d’être de ce livre.

Un livre sans frontières pour les enfants du 21ème siècle

Ce livre est clairement un exemple de l’évolution de la société que nous, parents dans la quarantaine, sommes en train de vivre. L’événement de l’Internet et les nouvelles technologies ont changé notre vie à jamais, tout comme l’apparition de l’électricité l’a fait auparavant. Alphasso, l’auteur, est une mère soucieuse de l’avenir de son fils, qui aime chercher des informations pour mieux comprendre son futur.

Mary Hasanpour est une artiste perse vivant à Vienne qui travaille également sur des projets d’illustration pour l’UNESCO.

C’est avec un enthousiasme total que j’ai entrepris ce travail de traduction, sachant que, cette fois, le premier de mes lecteurs serait ma fille !
A vous, parents, grands-parents ou enseignants, je vous recommande vivement la lecture de ce petit livre car il vous aidera certainement à réfléchir sur l'avenir de nos enfants et à mieux les accompagner dans leur développement, dans leur apprentissage, dans leurs découvertes. Je pense aussi que, inconsciemment, la lecture de "Les Super Nouveaux Métiers" nous fera questionner sur le bonheur des enfants et le bonheur dans le monde du travail.

Liens pour acheter les livres ⇓ (clic sur photo)

 

Los súper nuevos oficios, Alphasso (traducción Margarida Llabrés) Livre Les Super Nouveaux Métiers, Alphasso Livre New jobs full of Wonder, Alphasso
Bilinguisme

IX Rencontre enfants bilingues : langue affective, langue effective

Notre IX Rencontre a eu lieu le 10 juin, dans les locaux prêtés très aimablement par le Centre Culturel Franco-Espagnol. Encore une fois, une quinzaine de familles se sont réunies pour donner à nos enfants bilingues (ou plurilingues) la possibilité de bouger, de jouer, de parler et de découvrir dans un contexte totalement hispanophone.

Enfants bilingues Nantes Enfants bilingues Nantes
Enfants bilingues Nantes Enfants bilingues Nantes
Enfants bilingues Nantes

L’espagnol dans un contexte naturel

J’aime rappeler que l’objectif principal de nos Rencontres est de créer un environnement naturel dans lequel les enfants comprennent que l’une de leurs langues maternelles, que nous appelons langue minoritaire puisque ce n’est pas la langue du pays où nous vivons, est aussi parlée par d’autres personnes que la mère ou les grands-parents sur Skype.

Nos enfants vivent en français, ils vont à l’école en français, ils vont à leurs activités extrascolaires en français, il est donc extrêmement nécessaire de pouvoir trouver un espace où ils peuvent aussi développer l’espagnol.

Enfants bilingues Nantes Enfants bilingues Nantes

L’espagnol, langue affective, langue effective

Langue affective

On dit toujours qu’il est nécessaire pour un enfant bilingue (plurilingue) de créer des liens sentimentaux et affectifs dans sa langue maternelle minoritaire pour qu’il ait plus envie de l’utiliser. Évidemment, le lien effectif le plus important est celui qu’il crée avec sa mère (père), le porteur de cette langue minoritaire. Mais à mesure que l’enfant grandit, son cercle social s’ouvre et il a besoin de prouver qu’il y a de la vie au-delà de sa mère et, par conséquent, que l’espagnol est aussi utilisé par d’autres personnes avec qui il veut passer un peu de son temps.

Langue effective

En outre, l’efficacité est également importante pour que ce langage se développe de manière équilibrée et harmonieuse. Les enfants ont besoin de voir le caractère “efficace” de la langue. Autrement dit, si un enfant pense que l’espagnol (dans notre cas) “sert” seulement à parler à sa mère, il n’est pas surprenant qu’il s’efforce moins dans sa vie de tous les jours à mesure qu’il grandit. D’un autre côté, si l’enfant voit que l’espagnol lui permet de découvrir de nouveaux jeux et d’avoir de nouveaux amis, il aura plus à gagner à continuer d’avancer dans cette langue.

Enfants bilingues Nantes Enfants bilingues Nantes

Longue vie aux Rencontres

En résumé, cette IX Rencontre a été une fois de plus un moment convivial, où nous avons pu observer les enfants évoluer en espagnol et un moment d’échange entre les parents qui réfléchissent déjà à de nouvelles activités pour après l’été.

Lifestyle

“Une carte postale du bonheur”, de Cristina De Amorim (Livre)

Une carte postale du bonheur, de Cristina De Amorim

C’est l’histoire d’un livre qui fait vibrer, qui émeut, un livre qui rend prisonnière de ses pages, au fil des lettres et des mots qui s’alignent les uns après les autres. C’est l’histoire d’un livre à la musique bien vivante.

C’est le livre d’une histoire captivante.

À moins que ce ne soit l’histoire d’un homme captivant. L’histoire d’un homme au caractère bien trempé, qui fait vibrer, qui chamboule le cœur, qui met la vie en désordre, qui avec des mots bien alignés rend une femme heureuse. Ou pas. Tout est question de perspective. Tout est question d’emprise.

C’est l’histoire d’une femme qui s’appelle Juliette. Et si c’était moi ? Vous ?

C’est l’histoire d’une séduction puissante.
C’est le roman d’une femme qui se livre.

Cristina de Amorin a écrit un livre inoubliable, un premier roman empreint d’une vérité douloureuse qu’elle a su magnifiquement habiller d’une tenue de fête.

Une carte postale du bonheur, une femme sous emprise c’est exactement cela :

Une carte postale, jolie, belle, aux couleurs de la plage et du sable fin, une carte postale envoyée du soleil.

Et le bonheur d’une vie qui parfois se ternit mais que l’on se doit de toujours vivre avec le sourire. Ou l’essayer, du moins.

Une carte postale du bonheur pour un moment de sourires, de tristesse, de larmes et d’éclats de rire. La vie, elle-même.

 Quand j’ai eu le livre de Cristina De Amorim, de Le blog de la Cristina sans H entre mes mains, j’ai tout de suite su qu’il me plairait. Ne me demandez pas pourquoi, mais je le savais. Alors que l’histoire principale est assez éloignée de ma vie, ce livre m’a offert, de façon totalement inattendue, un élément qui, lui, est bien plus proche de mon histoire : Juliette, héroïne du roman, a, elle aussi, un “là-bas”, qui rend particulière l’histoire de sa famille. Juliette, comme moi, elle voyage de temps en temps en Espagne, son autre pays, son autre chez soi.

Le livre a été publié par les éditions Séramis et la préface a été divinement rédigée par Anne Montecer, des blogs Annouchka et Le dressing idéal.

Bilinguisme

Anita, française en Espagne (famille bilingue)

Je vous livre aujourd'hui le quatrième interview de la série dédiée aux témoignages de parents d'enfants bilingues. C'est au tour d'Anita de répondre à mes questions. Vous le verrez, Anita tient vraiment au caractère bilingue simultané précoce et biculturel de ses enfants !

1. Bonjour Anita, pourrais-tu te présenter ?

Je suis française, née à Laval où se trouve toujours une partie de ma famille. J’habite en Espagne à Logroño depuis 2001 où je suis actuellement professeure de français à mon compte. Mon mari est espagnol. Sa famille habite loin de Logroño dans le Sud-Ouest de l’Espagne. Nous avons 2 filles, Iloane née en 2010 et Taïs née en 2018. Intéressée par les langues depuis toute petite, je suis fascinée par le plurilinguisme et notamment celui de mes enfants ! J’ai beaucoup lu sur ce sujet, quelques livres (on a vite fait le tour) et surtout blogs de parents. J’ai commencé à raconter le bilinguisme de mon aînée sur mon blog

Famille bilingue franco-espagnole

2. Tu es maman d’un enfant encore bébé, penses-tu qu’il est important, voire indispensable, parler la langue maternelle dès que le petit haricot s’installe dans le ventre ?

Plus qu’indispensable, je dirais que pour moi ça a été une évidence. Avec mon mari nous avons communiqué en espagnol entre nous depuis toujours. Quand je suis tombée enceinte, ma vie était je dirais à 70 % en espagnol. Pourtant parler espagnol à mon petit haricot était juste impensable et impossible pour moi. Et à la naissance il était encore plus évident que le français serait la langue de communication entre ma fille et moi. Je suis même un peu « énervée » quand quelqu’un est surpris de cela ! Maintenant je réponds « toi quelle langue tu parles à tes enfants ? Ta langue, la langue de ton enfance non ? Bah moi c’est pareil, même si j’habite ici ».
Mais je connais (malheureusement) beaucoup de personnes pour qui, même si c’est important, la langue maternelle ne s’impose pas naturellement et ils doivent faire des efforts pour « installer » leur langue maternelle. Une amie qui vient d’accoucher est mariée à un brésilien. Lorsque le bébé était dans le ventre il n’arrivait pas à lui parler sa langue et depuis la naissance pour lui c’est plus facile. Je pense que ça dépend de chacun mais je suis persuadée qu’il faut commencer à parler la langue le plus tôt possible et surtout s’y tenir…
Je connais aussi des personnes qui ne réussissent pas à parler leur langue maternelle à leurs enfants, ni dans le ventre, ni après 🙁 et d’autres qui le font dès la grossesse puis de moins en moins et finissent par abandonner.

Ce qui est indispensable à mon avis c’est la constance, il faut parler sa langue tout le temps ou en tout cas le plus possible, même en public, même chez le docteur, même devant les profs, même devant la belle-famille et c’est une difficulté pour certains.

3. Ta fille aînée, est-elle consciente de son plurilinguisme ? Comment elle le vit auprès de leurs camarades ? Un moment bilingue rigolo, drôle ou, au contraire, triste à partager avec nous ?

Ma fille est totalement consciente de son bilinguisme, d’ailleurs si elle ne l’était pas, les gens le lui rappellent assez souvent par de petites réflexions… Ce sont souvent des compliments  mais pour elle pour qui c’est naturel, c’est assez déstabilisant quand quelqu’un vous dit « oh super tu as de la chance tu comprends tout ce que te dit ta maman…. ! » (bah oui je comprends ma maman heureusement!!)
Plus petite elle était déstabilisée aussi par les demandes de traduction qui étaient récurrentes et qui sont très compliquées pour des petits bilingues (surtout quand on leur demande de traduire des grands intraduisibles genre les plats du restaurant…)
Anecdotes, moments drôles, malentendus…il y en a beaucoup… alors je raconte la dernière en date. Nous faisons beaucoup les courses en France car nous passons souvent des week-ends à Hendaye et en profitons pour acheter des produits français. La semaine dernière sur un paquet de biscuits était écrit une petite devinette-blague :
« quand je suis chaud je suis frais,qui suis-je? » réponse: le pain.
En français bien sûr ça marche et ma fille avait bien compris la blague puisqu’on parle souvent de la baguette fraîche des boulangeries françaises. Toute contente de comprendre la blague elle l’a racontée aux enfants de sa classe en traduisant mais la pauvre a fait un bide total car en espagnol le jeu de mots ne fonctionne pas du tout…
Des erreurs sur les mots aussi, de moins en moins mais qui nous font encore bien rire. Ma fille est la championne des faux amis et a beaucoup inventé de mots avec un sens de la logique incroyable à mon avis. « papa, hemos ido a la posta para mandar la carta… » « maman,le chien m’a tchoupé » etc. j’en ai noté beaucoup sur mon blog.
Une autre anecdote rigolote…toute petite déjà et encore aujourd’hui ma fille parle plus fort en espagnol qu’en français. Je l’ai tout de suite remarqué mais je n’en parlais pas trop, puis plusieurs personnes l’ont remarqué. Et quand je vois les vidéos de ses premiers mots, c’est flagrant !

Plus que du bilinguisme, ma fille est surtout très consciente de sa « biculture ». Et c’est sans doute le gros avantage de l’éducation bilingue. Elle sait qu’il existe pas si loin des gens qui vivent d’une autre manière, qui parlent une autre langue oui mais aussi qui mangent différemment, qui connaissent d’autres chanteurs, qui conçoivent parfois le monde différemment…

4. Elle est scolarisée dans une école « normale » (ou pas), avez-vous eu affaire à des remarques de la part des enseignants ?

Ma fille est en école publique monolingue. Je précise car les écoles bilingues en Espagne sont nombreuses avec le gallego, catalan etc. La première année, la professeure m’a dit que en « lengua » (espagnol, donc) ma fille avait quelques petites difficultés sûrement dues au fait que je lui parle français mais rien de grave. Je suis persuadée que ce n’était pas du tout le cas, mais je crois aussi qu’en tant que maman bilingue on est vite offensée par ce genre de réflexion alors que pour les enseignants ce n’est qu’un commentaire parmi d’autres…

Par contre j’ai eu des réflexions de la part d’autres personnes et c’est important d’être sûr de soi et de savoir répondre à certains commentaires, surtout pour un 1er enfant les premières années.

5. En famille, quelle méthode, si j’ose dire, avez-vous installé en termes de langue et de communication ? Est-ce que les stratégies évoluent en fonction de leur âge et de chaque étape de la vie ?

La méthode est très simple et surtout totalement naturelle et constante : Quel que soit l’endroit où on se trouve, quel que soit l’entourage présent Papa parle toujours espagnol aux enfants et Maman parle toujours français aux enfants. Papa et Maman parlent le plus souvent français entre eux mais là il y a souvent des dérogations 😉 . Cela peut être parfois mal perçu, mais nous sommes restés sur cette « méthode ». Quelques périodes peuvent être difficiles notamment l’entrée à la crèche et à l’école ou quand les amis des enfants viennent à la maison.
Nous avons aussi la télé en français et cela a son importance car nous la regardons tous les soirs et ma fille a toujours connu la télé en français. Elle voit des dessins animés en espagnol seulement au cinéma ou à l’école. Même les DVD de la voiture sont en français ou en anglais. Pas de livres en espagnol non plus jusqu’à l’année dernière. Ma fille a commencé l’école primaire et donc la lecture, alors elle veut des livres en espagnol, ce que nous acceptons bien sûr. Nous nous tenons vraiment à cela tant que nous vivons en Espagne. Dans une prochaine étape, peut-être en France dans quelques années…il faudrait inverser et faire entrer plus la langue espagnole à la maison.

Famille bilingue franco-espagnoleFamille bilingue franco-espagnole

6. Je ne sais pas si vous le savez mais pour moi, une langue est bien plus qu’un simple outil de communication, une langue est un tout, une langue est famille et sentiments. Pour vous, une langue c’est…

Oh la la… vaste question… j’aime ton blog car je sais que tu ressens les choses comme moi je ne pense pas pouvoir l’exprimer mieux que tu ne le fais.

Une langue c’est tellement…c’est ton univers, ton enfance, tes souvenirs, les valeurs qu’on t’a transmises, les sentiments, les rêves, les épreuves traversées, les secrets racontés, des goûts, des odeurs. J’ai grandi, j’ai appris, j’ai découvert le monde avec cette langue, je ne conçois pas que mes enfants découvrent le monde sans leur transmettre cette partie de moi.
Deux exemples juste sur la journée d’hier :
J’ai récité à ma fille une poésie que j’avais apprise en primaire, elle était ravie !! et moi aussi !
Hier soir ma fille a demandé à ses grands-parents qu’ils lui rapportent des carambars et de la brioche lors de leur prochaine visite. Ce sont de petites choses qui paraissent insignifiantes mais je serais bien triste de ne pas partager cela avec elle.

7. Le quotidien d’une famille bilingue est difficile, facile… quels sont, d’après vous, les aspects sur lesquels il ne faut pas être intransigeant ? (s’il y en a, bien sûr)

Je pense que c’est très important de ne pas changer de langue selon l’endroit où on se trouve. Je vois beaucoup de familles autour de moi qui parlent l’autre langue à la maison mais dès qu’ils sont en public, école, jeux, médecin etc. ils parlent en espagnol. Dans toutes ces familles je constate que l’enfant ne parle pas la langue. Il la comprend mais n’est pas très à l’aise pour la parler. Je sais que ça fonctionne pour certains mais dans mon entourage ces enfants là ne sont pas bilingues car souvent ils ne s’intéressent pas à l’autre langue, l’autre pays, l’autre culture. Bien sûr tout dépend aussi de ce que veulent les parents. Certains souhaitent que leurs enfants comprennent et se débrouillent avec la deuxième langue pas plus. Ce n’est pas mon cas, je veux que mes enfants connaissent la France et le français dans toutes (ou presque) ses subtilités.

C’est important aussi d’aller dans le pays ou de faire des rencontres avec d’autres natifs pour qu’ils ressentent le besoin d’utiliser la langue, qu’il y ait de l’échange réel avec cette langue

8. Si on vous demandait des conseils pour élever un enfant bilingue simultané précoce, quelle expérience auriez-vous envie de partager ?

J’avais écrit un article sur mon blog sur les points qui me paraissent essentiels : l’attachement à la langue, le soutien du conjoint et de l’entourage, l’échange, le besoin, la constance et le temps passé à utiliser la langue. Je crois que plus on réunit de ces aspects plus on a des chances que le multilinguisme se mette en place.
Je pense aussi que c’est nécessaire quelquefois d’expliquer aux gens la démarche. Au début j’étais un peu « braquée » (genre « je parle comme ça que ça te plaise ou non ») . Mais j’ai compris que les gens qui se sont pas plongés dans les langues ne comprennent pas toujours. Alors j’explique et finalement les gens acceptent mieux en comprenant.

9. J’aimerais beaucoup connaître votre avis sur les familles monolingues qui décident d’élever leurs enfants dans le bilinguisme ? Qu’en pensez-vous ?

Je vais essayer de ne pas être trop « sévère »… c’est vrai que c’est à la mode ici en Espagne, j’ai autour de moi des parents qui se débrouillent bien (ou pas.. !) en anglais et qui parlent en anglais à leurs enfants. En tant que maman je trouve ça vraiment bizarre, artificiel, voire même ridicule dans certains cas dont j’ai été témoin…Pour moi une langue doit être enseignée par un natif alors encore plus quand il s’agit de transmission à ses propres enfants ! Je ne comprends pas comment font ces parents. Après 17 ans en Espagne je n’arrive même pas à parler espagnol à un bébé… la langue qui me vient est toujours le français ! J’ai un très bon niveau en anglais mais c’est grâce aux cours d’anglais de ma fille que j’ai appris des mots comme tétine, lingette, pot etc. et je ne serais pas à l’aise si j’utilisais l’anglais avec mes enfants au quotidien.

Mais surtout comment ces parents transmettent-ils leurs souvenirs, leur enfance, leurs sentiments… tout ce qui fait une langue comme on a déjà dit ? Comment se forge la complicité parent/enfant quand on utilise une langue qui n’est pas la sienne… ? J’avoue que ça me dépasse…

Par contre en tant que professeure je tempérerais un peu ma réponse sur le sujet. Les enfants acquièrent du vocabulaire utile et sont un peu plus à l’aise en classe de langues. Ils comprennent et c’est déjà un bel avantage. Alors malgré une prononciation parfois incertaine, l’effet sur l’enfant n’est pas négatif au niveau de l’apprentissage. Par contre au niveau relationnel et affectif je ne suis vraiment pas convaincue…

10. Envie d’ajouter un dernier mot ?

Oui. Quelquefois je pense que je suis peut-être trop « stricte ». Je ne parle jamais espagnol à mes enfants même en présence d’amis. J’ai peur que ça devienne gênant pour mon aînée quand des copains/copines viennent à la maison. Pour l’instant elle ne se plaint pas et traduit ce que je dis à ses amis avant que je ne le fasse. Mais je sais qu’un jour elle peut rejeter ça et ne pas vouloir ressentir cette différence à certains moments. Maintenant j’ai du mal à faire machine arrière mais le français tient une place très importante dans notre quotidien…peut-être trop…
Malgré tout j’ai l’intention de faire exactement de la même manière pour notre petite deuxième née il y a 3 mois. Je suis pressée de voir si le bilinguisme se met en place de la même manière pour elle et les changements qui devront se mettre en place si on déménage. En tout cas je suis ravie d’avoir tenu mon blog et de pouvoir raconter à mon aînée avec des souvenirs exacts ses premiers mots,et puis voir la manière dont mes filles vont communiquer entre elles va me permettre de mettre mon blog à jour !