Bilinguisme

Anita, française en Espagne (famille bilingue)

Je vous livre aujourd'hui le quatrième interview de la série dédiée aux témoignages de parents d'enfants bilingues. C'est au tour d'Anita de répondre à mes questions. Vous le verrez, Anita tient vraiment au caractère bilingue simultané précoce et biculturel de ses enfants !

1. Bonjour Anita, pourrais-tu te présenter ?

Je suis française, née à Laval où se trouve toujours une partie de ma famille. J’habite en Espagne à Logroño depuis 2001 où je suis actuellement professeure de français à mon compte. Mon mari est espagnol. Sa famille habite loin de Logroño dans le Sud-Ouest de l’Espagne. Nous avons 2 filles, Iloane née en 2010 et Taïs née en 2018. Intéressée par les langues depuis toute petite, je suis fascinée par le plurilinguisme et notamment celui de mes enfants ! J’ai beaucoup lu sur ce sujet, quelques livres (on a vite fait le tour) et surtout blogs de parents. J’ai commencé à raconter le bilinguisme de mon aînée sur mon blog

Famille bilingue franco-espagnole

2. Tu es maman d’un enfant encore bébé, penses-tu qu’il est important, voire indispensable, parler la langue maternelle dès que le petit haricot s’installe dans le ventre ?

Plus qu’indispensable, je dirais que pour moi ça a été une évidence. Avec mon mari nous avons communiqué en espagnol entre nous depuis toujours. Quand je suis tombée enceinte, ma vie était je dirais à 70 % en espagnol. Pourtant parler espagnol à mon petit haricot était juste impensable et impossible pour moi. Et à la naissance il était encore plus évident que le français serait la langue de communication entre ma fille et moi. Je suis même un peu « énervée » quand quelqu’un est surpris de cela ! Maintenant je réponds « toi quelle langue tu parles à tes enfants ? Ta langue, la langue de ton enfance non ? Bah moi c’est pareil, même si j’habite ici ».
Mais je connais (malheureusement) beaucoup de personnes pour qui, même si c’est important, la langue maternelle ne s’impose pas naturellement et ils doivent faire des efforts pour « installer » leur langue maternelle. Une amie qui vient d’accoucher est mariée à un brésilien. Lorsque le bébé était dans le ventre il n’arrivait pas à lui parler sa langue et depuis la naissance pour lui c’est plus facile. Je pense que ça dépend de chacun mais je suis persuadée qu’il faut commencer à parler la langue le plus tôt possible et surtout s’y tenir…
Je connais aussi des personnes qui ne réussissent pas à parler leur langue maternelle à leurs enfants, ni dans le ventre, ni après 🙁 et d’autres qui le font dès la grossesse puis de moins en moins et finissent par abandonner.

Ce qui est indispensable à mon avis c’est la constance, il faut parler sa langue tout le temps ou en tout cas le plus possible, même en public, même chez le docteur, même devant les profs, même devant la belle-famille et c’est une difficulté pour certains.

3. Ta fille aînée, est-elle consciente de son plurilinguisme ? Comment elle le vit auprès de leurs camarades ? Un moment bilingue rigolo, drôle ou, au contraire, triste à partager avec nous ?

Ma fille est totalement consciente de son bilinguisme, d’ailleurs si elle ne l’était pas, les gens le lui rappellent assez souvent par de petites réflexions… Ce sont souvent des compliments  mais pour elle pour qui c’est naturel, c’est assez déstabilisant quand quelqu’un vous dit « oh super tu as de la chance tu comprends tout ce que te dit ta maman…. ! » (bah oui je comprends ma maman heureusement!!)
Plus petite elle était déstabilisée aussi par les demandes de traduction qui étaient récurrentes et qui sont très compliquées pour des petits bilingues (surtout quand on leur demande de traduire des grands intraduisibles genre les plats du restaurant…)
Anecdotes, moments drôles, malentendus…il y en a beaucoup… alors je raconte la dernière en date. Nous faisons beaucoup les courses en France car nous passons souvent des week-ends à Hendaye et en profitons pour acheter des produits français. La semaine dernière sur un paquet de biscuits était écrit une petite devinette-blague :
« quand je suis chaud je suis frais,qui suis-je? » réponse: le pain.
En français bien sûr ça marche et ma fille avait bien compris la blague puisqu’on parle souvent de la baguette fraîche des boulangeries françaises. Toute contente de comprendre la blague elle l’a racontée aux enfants de sa classe en traduisant mais la pauvre a fait un bide total car en espagnol le jeu de mots ne fonctionne pas du tout…
Des erreurs sur les mots aussi, de moins en moins mais qui nous font encore bien rire. Ma fille est la championne des faux amis et a beaucoup inventé de mots avec un sens de la logique incroyable à mon avis. « papa, hemos ido a la posta para mandar la carta… » « maman,le chien m’a tchoupé » etc. j’en ai noté beaucoup sur mon blog.
Une autre anecdote rigolote…toute petite déjà et encore aujourd’hui ma fille parle plus fort en espagnol qu’en français. Je l’ai tout de suite remarqué mais je n’en parlais pas trop, puis plusieurs personnes l’ont remarqué. Et quand je vois les vidéos de ses premiers mots, c’est flagrant !

Plus que du bilinguisme, ma fille est surtout très consciente de sa « biculture ». Et c’est sans doute le gros avantage de l’éducation bilingue. Elle sait qu’il existe pas si loin des gens qui vivent d’une autre manière, qui parlent une autre langue oui mais aussi qui mangent différemment, qui connaissent d’autres chanteurs, qui conçoivent parfois le monde différemment…

4. Elle est scolarisée dans une école « normale » (ou pas), avez-vous eu affaire à des remarques de la part des enseignants ?

Ma fille est en école publique monolingue. Je précise car les écoles bilingues en Espagne sont nombreuses avec le gallego, catalan etc. La première année, la professeure m’a dit que en « lengua » (espagnol, donc) ma fille avait quelques petites difficultés sûrement dues au fait que je lui parle français mais rien de grave. Je suis persuadée que ce n’était pas du tout le cas, mais je crois aussi qu’en tant que maman bilingue on est vite offensée par ce genre de réflexion alors que pour les enseignants ce n’est qu’un commentaire parmi d’autres…

Par contre j’ai eu des réflexions de la part d’autres personnes et c’est important d’être sûr de soi et de savoir répondre à certains commentaires, surtout pour un 1er enfant les premières années.

5. En famille, quelle méthode, si j’ose dire, avez-vous installé en termes de langue et de communication ? Est-ce que les stratégies évoluent en fonction de leur âge et de chaque étape de la vie ?

La méthode est très simple et surtout totalement naturelle et constante : Quel que soit l’endroit où on se trouve, quel que soit l’entourage présent Papa parle toujours espagnol aux enfants et Maman parle toujours français aux enfants. Papa et Maman parlent le plus souvent français entre eux mais là il y a souvent des dérogations 😉 . Cela peut être parfois mal perçu, mais nous sommes restés sur cette « méthode ». Quelques périodes peuvent être difficiles notamment l’entrée à la crèche et à l’école ou quand les amis des enfants viennent à la maison.
Nous avons aussi la télé en français et cela a son importance car nous la regardons tous les soirs et ma fille a toujours connu la télé en français. Elle voit des dessins animés en espagnol seulement au cinéma ou à l’école. Même les DVD de la voiture sont en français ou en anglais. Pas de livres en espagnol non plus jusqu’à l’année dernière. Ma fille a commencé l’école primaire et donc la lecture, alors elle veut des livres en espagnol, ce que nous acceptons bien sûr. Nous nous tenons vraiment à cela tant que nous vivons en Espagne. Dans une prochaine étape, peut-être en France dans quelques années…il faudrait inverser et faire entrer plus la langue espagnole à la maison.

Famille bilingue franco-espagnoleFamille bilingue franco-espagnole

6. Je ne sais pas si vous le savez mais pour moi, une langue est bien plus qu’un simple outil de communication, une langue est un tout, une langue est famille et sentiments. Pour vous, une langue c’est…

Oh la la… vaste question… j’aime ton blog car je sais que tu ressens les choses comme moi je ne pense pas pouvoir l’exprimer mieux que tu ne le fais.

Une langue c’est tellement…c’est ton univers, ton enfance, tes souvenirs, les valeurs qu’on t’a transmises, les sentiments, les rêves, les épreuves traversées, les secrets racontés, des goûts, des odeurs. J’ai grandi, j’ai appris, j’ai découvert le monde avec cette langue, je ne conçois pas que mes enfants découvrent le monde sans leur transmettre cette partie de moi.
Deux exemples juste sur la journée d’hier :
J’ai récité à ma fille une poésie que j’avais apprise en primaire, elle était ravie !! et moi aussi !
Hier soir ma fille a demandé à ses grands-parents qu’ils lui rapportent des carambars et de la brioche lors de leur prochaine visite. Ce sont de petites choses qui paraissent insignifiantes mais je serais bien triste de ne pas partager cela avec elle.

7. Le quotidien d’une famille bilingue est difficile, facile… quels sont, d’après vous, les aspects sur lesquels il ne faut pas être intransigeant ? (s’il y en a, bien sûr)

Je pense que c’est très important de ne pas changer de langue selon l’endroit où on se trouve. Je vois beaucoup de familles autour de moi qui parlent l’autre langue à la maison mais dès qu’ils sont en public, école, jeux, médecin etc. ils parlent en espagnol. Dans toutes ces familles je constate que l’enfant ne parle pas la langue. Il la comprend mais n’est pas très à l’aise pour la parler. Je sais que ça fonctionne pour certains mais dans mon entourage ces enfants là ne sont pas bilingues car souvent ils ne s’intéressent pas à l’autre langue, l’autre pays, l’autre culture. Bien sûr tout dépend aussi de ce que veulent les parents. Certains souhaitent que leurs enfants comprennent et se débrouillent avec la deuxième langue pas plus. Ce n’est pas mon cas, je veux que mes enfants connaissent la France et le français dans toutes (ou presque) ses subtilités.

C’est important aussi d’aller dans le pays ou de faire des rencontres avec d’autres natifs pour qu’ils ressentent le besoin d’utiliser la langue, qu’il y ait de l’échange réel avec cette langue

8. Si on vous demandait des conseils pour élever un enfant bilingue simultané précoce, quelle expérience auriez-vous envie de partager ?

J’avais écrit un article sur mon blog sur les points qui me paraissent essentiels : l’attachement à la langue, le soutien du conjoint et de l’entourage, l’échange, le besoin, la constance et le temps passé à utiliser la langue. Je crois que plus on réunit de ces aspects plus on a des chances que le multilinguisme se mette en place.
Je pense aussi que c’est nécessaire quelquefois d’expliquer aux gens la démarche. Au début j’étais un peu « braquée » (genre « je parle comme ça que ça te plaise ou non ») . Mais j’ai compris que les gens qui se sont pas plongés dans les langues ne comprennent pas toujours. Alors j’explique et finalement les gens acceptent mieux en comprenant.

9. J’aimerais beaucoup connaître votre avis sur les familles monolingues qui décident d’élever leurs enfants dans le bilinguisme ? Qu’en pensez-vous ?

Je vais essayer de ne pas être trop « sévère »… c’est vrai que c’est à la mode ici en Espagne, j’ai autour de moi des parents qui se débrouillent bien (ou pas.. !) en anglais et qui parlent en anglais à leurs enfants. En tant que maman je trouve ça vraiment bizarre, artificiel, voire même ridicule dans certains cas dont j’ai été témoin…Pour moi une langue doit être enseignée par un natif alors encore plus quand il s’agit de transmission à ses propres enfants ! Je ne comprends pas comment font ces parents. Après 17 ans en Espagne je n’arrive même pas à parler espagnol à un bébé… la langue qui me vient est toujours le français ! J’ai un très bon niveau en anglais mais c’est grâce aux cours d’anglais de ma fille que j’ai appris des mots comme tétine, lingette, pot etc. et je ne serais pas à l’aise si j’utilisais l’anglais avec mes enfants au quotidien.

Mais surtout comment ces parents transmettent-ils leurs souvenirs, leur enfance, leurs sentiments… tout ce qui fait une langue comme on a déjà dit ? Comment se forge la complicité parent/enfant quand on utilise une langue qui n’est pas la sienne… ? J’avoue que ça me dépasse…

Par contre en tant que professeure je tempérerais un peu ma réponse sur le sujet. Les enfants acquièrent du vocabulaire utile et sont un peu plus à l’aise en classe de langues. Ils comprennent et c’est déjà un bel avantage. Alors malgré une prononciation parfois incertaine, l’effet sur l’enfant n’est pas négatif au niveau de l’apprentissage. Par contre au niveau relationnel et affectif je ne suis vraiment pas convaincue…

10. Envie d’ajouter un dernier mot ?

Oui. Quelquefois je pense que je suis peut-être trop « stricte ». Je ne parle jamais espagnol à mes enfants même en présence d’amis. J’ai peur que ça devienne gênant pour mon aînée quand des copains/copines viennent à la maison. Pour l’instant elle ne se plaint pas et traduit ce que je dis à ses amis avant que je ne le fasse. Mais je sais qu’un jour elle peut rejeter ça et ne pas vouloir ressentir cette différence à certains moments. Maintenant j’ai du mal à faire machine arrière mais le français tient une place très importante dans notre quotidien…peut-être trop…
Malgré tout j’ai l’intention de faire exactement de la même manière pour notre petite deuxième née il y a 3 mois. Je suis pressée de voir si le bilinguisme se met en place de la même manière pour elle et les changements qui devront se mettre en place si on déménage. En tout cas je suis ravie d’avoir tenu mon blog et de pouvoir raconter à mon aînée avec des souvenirs exacts ses premiers mots,et puis voir la manière dont mes filles vont communiquer entre elles va me permettre de mettre mon blog à jour !

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Les Rencontres d’enfants bilingues et le Centre culturel franco-espagnol de Nantes

Les Rencontres d’enfants bilingues franco-hispanophones de Nantes prennent un nouveau tournant !

C’est pour moi aujourd’hui un réel plaisir de vous annoncer le partenariat que nous avons créé avec le Centre culturel franco-espagnol de Nantes.

Je vous le disais dans un des derniers articles écrits à ce sujet, les Rencontres, auxquelles assistaient au début 4 ou 5 familles, ont très vite pris de l’ampleur et on se retrouve actuellement à accueillir aux alentours de 15 familles avec autant d’enfants.

Il fallait trouver une solution d’accueil. C’est pour cela que j’ai décidé de prendre contact avec le CCFE. Très vite nous avons trouvé un accord et j’en suis ravie !

CCFE - Rencontres enfants bilingues franco-hispanophones Nantes

Désormais les Rencontres se feront en partenariat avec le CCFE qui nous donne accès aux salles de ses locaux, dans le centre-ville de Nantes. Le Centre culturel franco-espagnol est (je cite) une « association culturelle qui souhaite faire connaître au public nantais la culture espagnole sous toutes ses formes : arts, langue, modes de vie, histoire, littérature… » qui propose, en plus, une large gamme d’activités.

Après cette bonne nouvelle, place à l’organisation de notre VIIe Rencontre !

Merci à toutes les familles de leur fidélité !

Et aujourd’hui, surtout, un grand merci au CCFE de croire en notre projet !

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Enfant bilingue anglais dans une famille monolingue : pour ou contre ?

Cela fait très longtemps que j’ai envie d’écrire sur ce sujet qui fait débat dans l’univers du multilinguisme.

Mais avant d’avancer, j’aimerais tout simplement rappeler (pour ceux qui arriveraient ici pour la première fois) l'énorme amour que je voue aux langues et à la richesse linguistique (toutes les langues, sans ordre de préférence ni priorités établies). Mon but est donc d'amener à réfléchir et non pas de juger car, à la maison, chacun fait ce qu'il veut et que l'on sait très bien que les recettes miracles n'existent pas pour le bilinguisme précoce simultané.

Je lis sur le sujet, je travaille le sujet, je vis le sujet, j’assiste à des rencontres et des débats sur le sujet. Le multilinguisme fait partie de ma vie et j’en suis très contente. C’est un fait. Nous évoluons en tant que famille trilingue dont moi, la maman, je suis porteuse de 2 des 3 langues, un poids peut-être mais qui n’en est pas un car je le vis de façon naturelle sans m’imposer (trop) de contraintes.

enfant bilingue famille monolingue

Si je suis celle qui transmet 2 des 3 langues à ma fille, c’est tout simplement parce que j’ai 2 langues maternelles : je suis née, j’ai grandi et j’ai appris en deux langues, le catalan et l’espagnol, deux langues qui ont un statut de co-officialité aux Iles Baléares, ma région, là où habite toute ma famille, là où j’ai habité jusqu’à mes 18 ans. Là où l’on passe de longues périodes à l’année.

Introduire, à la maison, une langue étrangère aux deux parents

C’est alors que la question de l’introduction à la maison (d’une famille monolingue) d’une langue (on va dire l’anglais) qui n’est en aucun cas langue maternelle d’aucun des deux parents me pose un tout petit peu problème.

Certes, au XXIè siècle, nous sommes tous des parents qui rêvent du meilleur pour nos enfants.

Rêver du meilleur pour ses enfants c’est bien.
Rêver de son bonheur c’est encore mieux !

Je connais des familles, j’ai lu sur des familles qui élèvent donc leurs enfants dans cette langue qui est étrangère aux deux mais qui, par leur propre désir, se transforme en une des langues de la maison. Nous, parents d’aujourd’hui, nous sommes plus débrouillards en langues que la génération de nos parents. Beaucoup de parents ont des carrières à l’international, travaillent dans des multinationales et parlent l’anglais très bien, couramment.

Mais même si ce père ou cette mère maîtrise parfaitement l’anglais, j’ai quelques doutes quant à la transmission de cette langue à ses enfants.

Je l’ai exprimé à plusieurs reprises, cela revient presque systématiquement dans tous mes écrits…

Pour moi une langue est beaucoup plus qu’un outil de communication, une langue est une culture, un sentiment, un pays, une vie, des vies.

Alors, comment des parents peuvent parler TOUT LE TEMPS en anglais à leurs enfants alors que eux ils ont été bercés dans une autre langue ? Comment est-ce possible ?

J’aurais presque envie de leur poser quelques questions :

 – êtes-vous sûrs de pouvoir tenir dans la durée ? Quand vous serez fatigué, épuisé ou mort de rire ?
– êtes-vous sûrs de pouvoir chanter des comptines en anglais à vos enfants ? Même si vous les connaissez très bien ? Vous qui êtes Espagnol et habitez à Madrid ?
– êtes-vous sûrs de vous sentir parents dans une langue qui n’est en rien la vôtre ? êtes-vous sûrs de vous reconnaître vous-mêmes ?
– êtes-vous sûrs que cela a le même sens et la même signification d’expliquer la recette des galettes bretonnes en anglais ? vous qui êtes Français et habitez à Rennes ?
– êtes-vous sûrs ?

Le côté affectif serait-il ainsi mis de côté ?

Parce que moi, par exemple, je sais que je connais des comptines en langue française, je les ai mêmes enseignées à des élèves, je les ai aussi analysées grammaticalement ou même psychanalytiquement mais, voyez-vous, je préfère lui chanter des petites chansons en catalan ou en espagnol. Moi, par exemple, je trouve plus sympa de lui parler de la recette de la paella en catalan car voyez-vous, pendant que je dis riz, poivron vert, gamba, j’insère aussi des anecdotes de mon père aux fourneaux, et mon père, il connaît quelques mots en Français mais, voyez-vous, il ne le parle pas.
Enfin bref, je pourrais continuer…

Le 16 septembre dernier, j’ai assisté à une conférence sur le bilinguisme à Nantes avec Ranka Bijeljac-Babic, linguiste et chercheuse, dans le cadre d’une journée sur le plurilinguisme organisée par EVALAP et ce sujet a aussi été abordé par un couple de jeunes parents. La plupart des participants ont été d’accord pour dire que ce n’est peut-être pas la meilleure des manières d’introduire une langue qui n’est pas la nôtre car même si la communication se fait, beaucoup d’autres facteurs d’ordre cognitif et émotionnel seraient mis de côté.

Je ne dis pas qu’il ne soit pas important de leur apprendre l’anglais, je dis, qu’il y a sans doute d’autres moyens :

– atelier
– écoles de langues
– baby-sitter
– filles au pair
– (…)

 Alors voilà, je me demande tout simplement si vouloir que nos enfants apprennent l’anglais coûte que coûte dès le berceau mérite de fermer la porte à une partie de nous, de nos familles, à une partie de notre culture ? Une partie même de notre identité ?

 

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Bilinguisme

VIe Rencontre d’enfants franco-hispanophones de Nantes

Deux mois jour pour jour après notre Ve Rencontre, nous voilà réunis pour la VIe.

Une Rencontre d’enfants franco-hispanophones avec un prévisionnel de participation au plus élevé. Incroyable ! De plus en plus de familles répondent présent à ces moments de partage entre familles biculturelles et bilingues issues de l’amour entre francophones et hispanophones. À la dernière minute, quelques désistements, les virus ont commencé à faire leur apparition.

enfants bilingues franco hispanophones nantes

C’est dommage. Mais on est encore très nombreux, au fond, on se dit qu’on sera un peu moins à l’étroit. Car oui, le lieux de nos rencontres est au coeur de nos préoccupations principales. Affaire à suivre.

La Rencontre commence et les enfants, pour certains un peu timides au début, sont finalement ravis de se rencontrer. Les plus âgés n’arrêtent pas de jouer, on tend l’oreille, pas mal, ils se parlent en espagnol ! À chaque fois, ils sont ravis de découvrir de nouveaux livres, de nouveaux jeux…

Entre adultes, on parle de nos expériences respectives. Pour les uns c’est encore un peu tôt, bébé, 18 mois n’a pas de vraies conversations (logique !), mais les parents mettent toujours toutes les chances de leur côté pour que le bilinguisme précoce simultané se fasse de la manière la plus naturelle possible.

Cette VIe Rencontre était celle qui marquait les 1 an de notre existence ! Un an déjà écoulé depuis notre première fois. Nous sommes ravis, contents, très motivés dans notre aventure et nous ne lâchons rien.

Mais sans doute, cette VIe Rencontre marquera aussi un tournant dans cette expérience car une chose est sûre : afin de pouvoir répondre qualitativement aux grand nombre de participants, il faut s’asseoir, réfléchir et mettre en place une nouvelle feuille de route !

Je vous dis alors à très vite avec des nouvelles infos !

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