Vie à l'étranger

Ici et là-bas

Il fait noir et sombre, les passants commencent à marcher la tête en avant, enveloppés dans de grosses écharpes, parfois tricotées avec amour, parfois rescapées d’une veille garde-robe, les mains dans les poches.

Depuis des semaines déjà que les jours raccourcissent et que la lumière commence sérieusement à diminuer. Elle est ici, assise derrière son bureau, le regard posé sur ses petites affaires. De temps à autre, elle lève la vue et elle se heurte à des tas de feuilles volantes qui passent quasi inaperçues sous ce brouillard venu du nord et d’un atlantique qui la surveille de loin. Une fois par jour, sa voisine ouvre les volets, mais elle est trop loin pour lui lever le bras en guise de bonjour.

Trop loin. La distance…

Doucement, l’air de rien et comme prise par un soupçon de nostalgie, elle se dessine une autre vie. Une vie à voix basse qu’ils pourraient mener ailleurs.

Mais ses petites affaires la ramènent à la réalité. A cette réalité qu’elle a construite avec tant d’amour et dont elle est si fière. Des minutes plus tard, quelques heures après que la voisine ait ouvert la porte, elle se retrouve maintenant absorbée par ce petit rouge-gorge qui semble vouloir jouer avec les pinces à linge coloriées et estivales, souvenir des jours de bronzage. Et elle part, loin très loin. Elle se chemine toute seule vers le sud, vers cette méditerranée aux odeurs de fête et de chevaux, vers ces rues de petites villes remplies de gens, de murs blancs et de volets verts, vers ces liens tissés inconsciemment, naturels et sans équivoque qui ne sont plus qu’un vieux souvenir. Elle se dit que là-bas tout serait plus simple pour elle, mais si ce n’était qu’une simplicité caduque ?

Soudain, elle tourne la tête et elle aperçoit une lueur de soleil qui la réveille paisiblement de son état de rêverie en se disant qu’elle est ici et que son là-bas restera à jamais son plus grand soleil.

plage à Menorca

Macarella Menorca

Chemin à MinorqueMacarella Menorca

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15 commentaires

  1. pomdepin

    Très joli texte, comme toujours. Tu ne crois pas qu’on a tendance a idéaliser les lieux parce qu’on n’y est plus?

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    • Margarida

      Oui, j’en suis presque sûre… en plus, on garde les idées, souvenirs de quand on est partis, alors que cela fait déjà bien longtemps et que les choses ont bien changé. Mais on a peut-être un peu de mal (quand on est loin) de s’en rendre compte. Après, sur place, oui, on se dit plus facilement, « ça, ce n’était pas comme ça », etc. C’est un peu dichotomique tout cela… :-) !!

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  2. lamisstamara

    Texte magnifique qui fait écho à mes pensées. Quand j’étais toute petite, j’ai vécu 1 an à Tahiti avec ma maman. Et tout au long des années, j’ai toujours vu et entendu ma mère idéaliser cette destination, alors que beaucoup d’amis qui y habitent encore lui disent combien les choses ont changé, et que le paradis n’est pas sur terre, même à Tahiti… Je crois en effet qu’on a tendance à idéaliser les lieux qu’on a quitté… Bisous et merci pour cette échappée !

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    • Margarida

      Merci !!
      Je pense qu’effectivement on a tendance à idéaliser un tout petit peu même si on est conscients que les choses changent « là-bas » aussi…
      Cela me fait plaisir que ce petit texte ait fait écho à tes pensées !

      Belle journée !

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  3. Marie Kléber

    Peut-être que l’essentiel c’est justement d’avoir dans sa vie ce grand soleil qui brille, même si cet ailleurs est loin de chez nous. Il y aura toujours un peu de nostalgie dans nos souvenirs…
    Belle journée à toi Marguerite et merci pour ce joli texte dans lequel on se retrouve tous un peu.

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    • Margarida

      Coucou Marie,

      Oui, je pense qu’il faut toujours avoir un Grand Soleil qui brille pour rendre jolis les souvenirs et qu’ils nous accompagnent sans amertume tout au long de la vie.

      Belle après-midi !

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    • vachefollette

      … car (mon ordi ne voulait pas me laisser finir) ça reflète si bien être nostalgie pour « l’autre » chez nous. Mon rêve à moi vu du bureau, c’est les falaises de la Cornouaille et le pleur des mouettes qui s’y laissent porter par le vent… Je suis contente d’être revenue faire un tour chez toi. Big bisous de Vache Follette xxx

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      • Margarida

        Ma vachefollete !

        Je suis ravie de te retrouver, oui, oui ! Et je suis aussi ravie de voir que toi aussi, à certains moments, tu ressens un de cette nostalgie pour « l’autre » chez nous. Je crois que ce sera comme ça pour le reste de nos vies.

        J’espère que tu vas bien, je t’embrasse fort !

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  4. La Fripouille

    Très beau billet Margarida qui me parle bien évidemment étant donné que moi aussi je rêve de cet ailleurs que j’ai laissé pour venir faire mes études à Paris. Mon ailleurs à moi c’est Casablanca :)
    Merci pour ce moment d’évasion et btw, très belles photos ; surtout la première.
    Bisous <3

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    • Margarida

      Ooh ! Merci La Fripouille ! Je pense qu’on partage (chacune à sa façon) certains points: l’appel et la nostalgie du sud, notre attache avec nos familles et nos mamans et qu’on est parties pour les études, pour voir ailleurs…

      Merci d’être passée par ici !

      Bisous bisettes !

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    • Margarida

      Merci beaucoup Abdelhamid. J’ai écrit le texte assez rapidement sans me rendre compte qu’il pouvait être prenant à ce point… !

      Merci encore,

      Belle fin d’après-midi !

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