Interprétation

Douze ans d’activité professionnelle indépendante

Ce mois de janvier marque un anniversaire un peu particulier pour moi : douze ans de création de mon entreprise de services linguistiques.
[Avant ça, j’ai connu la vie à Bruxelles et 4 ans de salariat en tant que responsable éditorial web.]

Douze ans.
C’est à la fois peu et beaucoup.
Assez pour mesurer le chemin parcouru.
Assez pour savoir que rien n’est jamais vraiment acquis.

Quand j’y repense, cette aventure a été faite de défis, de doutes parfois, mais surtout de multiples apprentissages. Des traductions patientes et pertinentes, des interprétations intenses. Des mots à peser, à compter, à conter et à choisir avec soin. Et, toujours, des histoires à écouter avant de les faire passer d’une langue à l’autre.

Je dirai que créer son activité, c’est accepter de ne jamais suivre une ligne droite. C’est apprendre à avancer sans certitudes, à ajuster sans cesse, à faire confiance à son intuition autant qu’à son expertise. En douze ans, j’ai appris à être cheffe d’entreprise autant que traductrice et interprète. À conjuguer rigueur, curiosité et responsabilité. À comprendre que l’indépendance est une liberté très-très exigeante, mais profondément vivante.

Et pourtant, pas un seul jour je n’ai regretté ce choix.

Oser, avancer, ne rien lâcher. 

En ce début d’année, je choisis de garder le positif. Ce qui m’a permis de continuer, même lorsque le rythme était dense, même lorsque les doutes se faisaient plus présents.

Ces trois mots m’accompagnent depuis le début :
OSER – AVANCER – NE RIEN LÂCHER.

Oser créer, oser proposer, oser dire non parfois.
Avancer, même lentement, même à petits pas.
Ne rien lâcher, sans s’acharner, mais sans se trahir non plus.

Ces mots résonnent encore plus fort aujourd’hui, à un moment où l’on fait naturellement le point, où l’on regarde derrière soi pour mieux se projeter devant.

Vivre ailleurs pour mieux se retrouver

Pour illustrer ces vœux de santé et de bonheur, parce que sans eux, aucune vie professionnelle ne tient vraiment, j’aurais pu partager des images de la neige tombée ces derniers jours. Mais j’ai choisi autre chose.

J’ai choisi des images prises le 1er janvier à 8h15, lorsque je suis arrivée suele sur la plage de mon enfance. Le premier lever de soleil de l’année et la lumière encore timide. Le silence presque intact. Un moment pour respirer, me retrouver, me ressourcer.

Vivre à l’étranger, c’est aussi cela.
Une grande aventure, parfois inconfortable, souvent bouleversante

Cette année marque d’ailleurs un autre jalon important pour moi : vingt-cinq ans de vie à l’étranger.
Un quart de siècle à composer avec plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs manières d’habiter le monde.
Un chiffre rond, presque vertigineux, qui mérite sans doute un article à part entière… et que je prendrai le temps d’écrire prochainement.

Vivre ailleurs, c’est apprendre à reconstruire des repères. À faire de plusieurs lieux un seul chez-soi. Et à se retrouver au milieu. À porter des responsabilités aussi. À comprendre que l’enracinement ne se fait pas toujours dans un seul sol, mais dans ceux que l’on choisit, que vivre un pied ici et l’autre là-bas nécessite, tout comme le métier d’interprète, d’une gymnastique et souplesse mentale à toute épreuve.

Cette vie entre plusieurs pays nourrit profondément mon travail. Elle affine mon écoute, ma sensibilité, mon rapport aux mots et à leurs nuances. Elle me rappelle, sans cesse, pourquoi j’ai choisi les langues comme métier : pour relier, pour faire passer, pour faciliter la rencontre.

Continuer d’écrire la suite

Douze ans après, l’aventure continue.
Vingt-cinq après, je suis encore là.
Un livre qui continue de s’écrire. Avec de nouveaux chapitres et de nouvelles idées, de nouveaux projets et de nouvelles peurs. La vie, somme toute.

Je continue d’avancer, portée par l’expérience acquise, par les rencontres, par cette conviction intacte que les mots — bien choisis et bien transmis — ont encore beaucoup à offrir.

Et je sais déjà que la suite se construira comme le reste :
entre engagement professionnel et curiosité du monde… et ce fil discret qui relie toutes ces années passées ailleurs, sans jamais perdre de vue l’essentiel.

Interprétation

La voix et les langues

Il y a la voix que l’on entend, celle que les autres perçoivent, claire, posée, tangible.

Et puis, il y a cette autre voix. Celle que l’on ressent. Une voix intérieure, plus profonde, faite de silences et de souffles, de souvenirs et de territoires. Une voix qui porte bien plus que des mots.

Quand j’interprète, je deviens passage. Je prête ma voix à d’autres. Je me fais discrète, presque effacée, pour mieux transmettre. Et pourtant… quelque chose de moi traverse toujours. Une intonation, une cadence, un rythme aux airs d’ailleurs. Cette part intime, presque imperceptible, s’infiltre dans les interstices. Elle est façonnée par les langues que je parle, par les lieux que j’habite, ceux d’hier et d’aujourd’hui.

Ma voix est un tissage

De catalan minorquin : ma langue d’enfance, celle du sable chaud et des rires salés.
De français : apprivoisé doucement, tendrement, comme on accueille une nouvelle maison.
De castillan : l’autre langue de mon chez-moi, celle des jeux, de la télé, des journaux

Parfois, ces langues s’entrechoquent, se frottent. Et elles laissent des traces.

Depuis quelque temps, quand je parle minorquin, on me dit que j’ai un accent français

Moi ? L’enfant d’ici ? Celle qui a grandi au rythme des mots soufflés par les anciens ?
Au début, j’étais incrédule. Et puis… j’ai commencé à l’entendre, moi aussi. Certaines inflexions, certains contours arrondis qui n’étaient pas là avant.
Comme si ma voix professionnelle et celle de ma vie à l’étranger, celle qui s’est façonnée au fil des micros et des traductions, avait déposé son empreinte, même sur ce qui me semblait immuable.

Alors, je souris. Un peu surprise. Un peu touchée.

Comme si ma langue d’origine me reconnaissait encore, mais d’un peu plus loin.
Comme si elle n’était plus tout à fait pour tout le monde.
Comme si je la parlais depuis l’ailleurs, depuis ces années à naviguer entre les langues, à décoder les silences et les respirations étrangères.
Depuis les livres lus dans d’autres rythmes, les voix croisées dans d’autres structures.

Ma voix est devenue un territoire mouvant

Un palimpseste : en dessous, l’enfant minorquine est encore là ; au-dessus, les couches de toutes ces années passées ailleurs.

Et peut-être que c’est cela, être « entre la voix et les langues ».
Ni tout à fait ici, ni tout à fait là-bas. Mais en lien. Toujours.

Et si la voix n’était pas ce qui nous définit, mais ce qui nous relie ?
Un fil invisible entre les mondes, entre les êtres, entre les temps.
Un souffle tissé d’échos anciens, d’accents voyageurs, de silences partagés.
Un murmure qui dit, tout doucement : je suis là.
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Et puis… 15 ans à l’étranger !

15 ans de vie à l’étranger.
15 ans !

12 + 3.

12 ans en France
3 ans en Belgique
2008 marque aussi la date anniversaire de mon retour en France, après ma parenthèse belge.
10 ans de suite que je vis en France. Mon pays à l’étranger.
Et 23 ans que je le connais.

une vie à l'étranger : 15 ans en France

Parce que… mon été 1995 à Nantes et mon été 1996 à Longwy.
Et aussi mes débuts d’années universitaires 1999 et 2000 qui ont démarré par un mois de septembre complet à Montpellier. S’imprégner des méthodes littéraires à la française oblige. Oui, oui. Stylo plume et dissertation.

2001-2002 Montpellier
2002-2003 Lorient
2003-2005 Madrid
2005-2008 Bruxelles
2008-2010 Paris

… et depuis, ma vie à la nantaise. Ma vie de couple. Ma vie de famille. Ma vie à la campagne aussi.

Quand j’y pense, ça me colle des frissons.
Quand j’y pense, ça ne me rajeunit pas.
Quand j’y pense, je ne regrette rien. De rien.

Quand j’y pense, je pense à eux.
Eux, qui m’ont toujours encouragé.
Mes parents.
Fille unique. Un amour inconditionnel et fidèle, ville après ville.

Et je pense à cette lettre reçue au printemps 1995 qui m’octroyait la bourse pour passer deux étés en séjour linguistique, en France. Et je me vois, assise sur le bord du lit de mes parents, en train de pleurer, parce que d’un coup, j’ai eu peur. Très peur. La trouille s’est emparée de moi. Et ma mère qui m’a encouragée et rassurée. Elle et sa seule fille, en tête-à-tête.

J’avais peut-être raison de pleurer.
Tout compte fait, c’est peut-être à l’aube de mes 16 ans que ma vie à l’étranger s’est dessinée.

Crédit photo : La Danse de l’image

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