Interprétation

Interprétation : tout ce que l’on ne voit pas avant le jour J

Lorsque l’interprète prend la parole, tout semble se jouer à cet instant, il n’y a plus rien qui compte, li micro ouvert, la valse commence. Une voix arrive dans une autre langue, dans les oreilles de quelqu’un. Le discours se poursuit, les échanges restent fluides et, pour le public, l’interprétation paraît presque immédiate.

Mais en réalité, la mission a commencé bien avant.

Quelques jours, parfois quelques semaines plus tôt, l’interprète commence déjà à entrer dans l’univers de l’événement. Il échange avec le client, découvre le contexte, se familiarise avec le sujet et prépare les termes qu’il devra restituer avec précision. Une partie essentielle du travail se déroule donc loin (très très loin) des micros et des auditoriums.

Tout commence par un premier contact

Avant de pouvoir interpréter, il faut d’abord comprendre la mission.

Un premier brief permet de poser le cadre : de quel événement s’agit-il ? Qui prendra la parole ? À qui s’adressent les échanges ? Quel est le sujet abordé ? Quelle forme prendra l’interprétation ?

Ces premières informations peuvent sembler très concrètes, mais elles permettent surtout de comprendre ce qui se joue derrière les mots.

Interpréter une conférence médicale ne demande pas la même préparation qu’une réunion institutionnelle ou qu’un rendez-vous commercial. Le vocabulaire change, bien sûr, mais aussi le ton, le niveau de précision attendu et la manière dont les idées sont formulées. La façon de s’exprimer est complètement différente d’un cadre à un autre.

Plus le contexte est clair en amont, plus l’interprète peut se concentrer sur ce qui compte vraiment le jour venu : écouter et transmettre.

Entrer dans le sujet avant de l’interpréter

Une fois le contexte posé, vient le temps de la préparation.

L’interprète lit les documents disponibles. Il se plonge dans le sujet, cherche les notions qu’il connaît moins bien et vérifie certains termes. Il peut aussi consulter des sources spécialisées pour mieux comprendre le secteur dans lequel s’inscrit la mission.

Cette étape ne consiste pas simplement à apprendre des mots : il faut les apprendre mais aussi les comprendre.

Pour interpréter correctement un discours, il faut comprendre ce que l’on entend. Une notion technique, un acronyme ou une référence particulière ne peuvent pas toujours être restitués simplement parce qu’ils ont été repérés dans un glossaire. Il faut savoir à quoi ils renvoient, dans quel contexte ils sont utilisés et quelle place ils occupent dans le discours.

C’est cette compréhension qui permet ensuite de travailler avec davantage de naturel, celle qui permet aux interprètes de se glisser dans les oreilles sans faire trop de bruit.

Les mots que l’on prépare sans jamais les réciter

La terminologie occupe une place importante dans cette préparation et les interprètes sont preparés à cela. Notre formation comprend presque toujours une partie terminologie.

Certains termes seront évidents. D’autres demanderont une recherche plus approfondie. Un nom d’institution peut avoir une traduction officielle qu’il vaut mieux connaître. Un terme technique peut être utilisé différemment selon les pays ou les secteurs. Un acronyme peut sembler anodin sur le papier et devenir beaucoup moins évident lorsqu’il surgit au milieu d’une phrase prononcée rapidement.

L’objectif n’est pas de constituer un glossaire que l’on réciterait le jour J.

Il s’agit plutôt de créer des repères. Lorsque le terme apparaît, il doit être suffisamment familier pour que l’interprète puisse l’identifier et le restituer sans interrompre le fil de son écoute.

Cette préparation apporte une forme de confort invisible. Elle laisse davantage de place à l’essentiel : le discours qui se déroule en temps réel.

Anticiper ce qui pourrait faire hésiter

Il y a aussi tout ce que l’on ne peut pas forcément prévoir dans un simple glossaire.

➤ Un nom propre dont la prononciation mérite d’être vérifiée.
➤ Une référence à une institution étrangère.
➤ Une expression propre à un domaine.
➤ Un intervenant dont le parcours est particulièrement riche.
➤ Une présentation qui contient beaucoup de chiffres ou de données.

Avant une mission, l’interprète essaie d’identifier ces points de vigilance.

Ce travail d’anticipation ne permet évidemment pas de tout prévoir. Une réunion peut prendre une autre direction, un intervenant peut improviser, une question peut surgir que personne n’avait préparée. Mais plus le terrain est connu, plus il est possible de rester disponible lorsque l’imprévu arrive.

L’arrivée du jour J

Le jour de la mission, toute cette préparation doit presque disparaître.

L’interprète n’a pas vocation à montrer tout ce qu’il a travaillé en amont. Il écoute le discours, en saisit le sens, identifie ce qui doit être transmis et le reformule dans l’autre langue. Et tout cela se fait en quelques secondes.

Le public n’entend pas les recherches effectuées avant l’événement. Il ne voit pas les documents parcourus, les termes vérifiés ou les questions posées lors du brief. Il perçoit simplement une parole qui semble naturelle et qui accompagne les échanges sans les ralentir.

C’est sans doute l’une des particularités les plus intéressantes du métier : plus la préparation est solide, moins elle se remarque.

Ce que l’on ne voit pas fait aussi partie du métier

L’interprétation est une prestation très visible. La voix de l’interprète accompagne les échanges et devient, pendant quelques heures, une partie de l’événement.

Pourtant, une grande partie du travail se déroule avant.

Dans les échanges avec le client, dans la lecture d’un dossier, dans une recherche terminologique ou dans une vérification de dernière minute, l’interprète prépare les conditions qui permettront ensuite à la communication de rester fluide.

Parce que la qualité d’une interprétation se trouve là : dans tout ce qui a été préparé en amont pour que, le moment venu, la transmission semble simplement naturelle.

Bien évidemment, pour que tout cela soit possible, il est essentiel que l’interprète ait pu avoir accès à la documentation relative à la réunion, à la conférence ou à l'événement concerné. Si ce n'est pas le cas, ce qui arrive malheureusement assez souvent, il faut toujours essayer de tirer parti du peu d’informations dont on dispose : le titre, le lieu, les noms des conférenciers… Chaque élément, aussi minime soit-il, peut s'avérer utile !