Traduction

Traduire la poésie (exemples et conseils -audio inside)

Je vous laisse aujourd’hui quelques échantillons de mon travail de traduction. Non pas seulement parce que je désire vous parler d’une partie de mon boulot mais plutôt parce que je trouve que ces poèmes sont bien jolis, et comme toutes les belles choses, il faut les partager !

A la fin de l’article vous allez trouver quelques conseils de base pour bien traduire la poésie. Mais tout d’abord je vous laisse les déguster :

“La terre d’un homme
n’est pas là où il naît,
mais bien là où on l’attend”

Bureau49

“Dans le livre de notre destinée, on devine des fautes d’orthographe”

“La peau de la mer décline son gémissement
sur le rebord de l’obscurité.
L’ombre frémit et le bruit des astres
sur chaque rocher impose la certitude
de cet instant que rien ne dénature jamais.”

“Une main amie dépose dans notre bouche
déjà engourdie l’obole pour le vieux batelier.
De cette rive que nous quittons,
nous rappellerons-nous aucun souvenir ?
Partions-nous ? Revenions-nous ?”

Bureau47

“Ta clé ouvre tous les silences.
Que sont devenues les arcades,
les cafés des soirées couleur de sépia ?
La dernière lettre comble le vide
et les heures passent en pure perte, trahison
voulue par les jours qui naissent maintenant
comme une haie d’épines, comme un fleuve
entre nous.
Au coin des rues grandit l’ombre suave de l’oubli.”

“Tes yeux saigneront
mais ils ne pourront pas pleurer
et les miens non plus,
tu resteras
un poème cousu
sur tes lèvres,
et c’est que tu veux
que ta vie
soit une forte aumône du temps (…)”

Les quatre premiers poèmes sont de Antoni Xumet, le cinquième est de Margalida Pons et le dernier de Alex Volney. Ils ont été traduits du catalan vers le français en 2010 et font partie du recueil Majorque, l’île aux poètes. (que vous trouvez aussi en sidebar)

L’autre jour, quelqu’un me disait trouver un peu bizarre le fait de devoir traduire la poésie, cela doit être difficile m’a-t-elle demandé, bien sûr que oui. En fait, cette personne croyait qu’on traduisait mot à mot, que les rimes, le cas échéant (parce que ce n’est pas tous les poèmes qui ont des rimes, je vous le dis au cas où quelqu’un l’aurait oublié), devaient rester les mêmes et tout plein d’autres clichés. Je vous épargne d’autres questions que j’ai trouvé un peu bêtes, pardon naïves (restons polis), je me suis seulement dit que beaucoup de gens devraient lire beaucoup plus.

Quand on traduit de la poésie je vous assure que le cerveau travaille à mille par heure et que l’un des outils le plus précieux est un bon dictionnaire de synonymes. Une des premières choses à faire est de prendre le temps de lire tranquillement les poèmes, et de les relire encore et encore; quand je dis lire je veux dire lire en cherchant le sens. Souvent, en poésie on peut avoir un peu plus de mal à trouver le sens ou tout simplement se demander si c’était vraiment cela que l’auteur a voulu dire (oui comme quand on lit Flaubert au lycée, ahh, que cet auteur ne se lit plus, c’est vrai!! mince !). En traduction il n’y a pas de place pour les doutes. Donc, ce qu’il faut faire c’est rapidement contacter l’auteur et échanger avec lui. On lui demandera le message qu’il veut faire passer, pourquoi à un endroit précis a-t-il utilisé un mot et pas un autre, quelle est la référence de telle phrase et ainsi de suite. Quand on raccroche le téléphone après une conversation bien intéressante entre auteur et traducteur, celui-ci n’a pas le droit de garder pour lui des doutes, ni des questions. Sinon, on rappelle. J’essaie de vous expliquer tout cela d’une manière simple et un peu ludique, on peut penser que ce n’est pas si grave que cela si on “loupe” le vrai sens d’un mot mais, croyez-moi, cela peut vous porter préjudice. Ensuite il faut aussi accorder beaucoup d’importance, donc du temps et de la patience, à garder un certain rythme poétique, veiller à ne pas trop s’éloigner de la musicalité du poème d’origine. Quand on traduit entre des langues parentes c’est plus facile que quand on traduit des langues d’origine très différente.

Jakobson disait que “la poésie est intraduisible”. Moi j’ajoute que la vraie traduction de la poésie comporte la naissance d’un nouveau poème. Et c’est là que les métiers de “auteur” et de “traducteur” se rejoignent mais ce sont des figues d’un autre panier (l’occasion d’un autre article).

Traduire la poésie c’est un très joli travail, chargé de responsabilité mais avec une grande partie de plaisir.

Je vous laisse un audio de l’émission La poésie n’est pas une solution de France Culture (17/08/2012) avec Stéphane Bouquet et où ils traitent le sujet de traduire la poésie. C’est intéressant.

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Langues

Des maux sans traduction

Parfois, certains mots deviennent des maux quand on n’arrive pas à les traduire.

Souvent, ces mots devenus des maux restent pour longtemps sur la pointe de la langue.

Toujours, ces mots devenus des maux logés sur le bout de la langue, terminent par trouver une issue… et non pas une traduction !

Traduire des mots ça peut être facile, par contre, traduire des idées concrètes et des notions exactes s’avère plus compliqué. Même les langues les plus proches ont des notions mentales distinctes. C’est le rapport entre la langue et la pensée.

Parfois je n’ai plus les mots, parfois mon cerveau est entre trois systèmes de signes différents, les signifiés s’emmêlent avec les signifiants et il n’y a plus rien qui marche 😉

Parfois, je voudrais inventer mon propre langage.

Souvent, j’utilise mon propre langage en dépit des autres 🙂

Toujours, j’arrive à parler, à lire, à écrire

Vivre dans une autre langue jusqu’au point de ne plus savoir laquelle est “l’autre”, la première ? la deuxième ? la troisième ?

Traduire comme métier c’est un apprentissage, ce n’est pas parce que je connais et je parle une langue que je sais traduire… bien traduire.

Traduire comme vie n’est pas une vie. Il faut vivre sans traduire, on pense dans la langue, on parle dans la langue, on ne traduit pas la langue qu’on parle. Et si on se trompe, tant pis 🙂

Je ne traduis pas ma vie puisque je vis ma vie !

moaux sans trad

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Traduction

Cry translator o cómo descodificar los llantos de tu bebé

Salgo hoy con dos intenciones: rescatar uno de mis billetes publicados ya en este sitio pero en versión francesa y un tanto más antiguo y aprovechar, entonces, para actualizarlo y reflexionar acerca del tema, esta vez en castellano.

La historia trata de ese novedosa aplicación para smartphones que consigue traducir el llanto de los bebés para que los padres sepan porqué su niño está llorando. Sin duda alguna los creadores de esa aplicación, de la empresa Biloop, quieren mostrarse al mundo como los maestros en el arte de reunir tecnologia y sentimientos. Dicen que la finalidad consiste en que los padres o cuidadores de los bebés puedan actuar de manera más rápida y eficaz.

El funcionamiento es el siguiente : la aplicación cuenta con seis modelos de llanto, hambre, sueño, nerviosismo, malestar, aburrimiento o pánico. Se activa la aplicación, se acerca el smartphone a unos 50 centímetros del bebé, lo dejas en funcionamiento unos 10 segundos y el aparato te envía un informe revelando el tipo de llanto del bebé.

La aplicación ha sido testada clínicamente y los resultados han sido positivos en un 90% aproximadamente. Este avance tecnológico se apoya en los conocimientos pediátricos sobre las expresiones más tempranas en los bebés. Lágrimas y gemidos son considerados como el primer lenguaje de los niños. De momento ya está a la venta en los Apple Store, pronto en aparato libre e incluso ya se ha presentado también un modelo de osito que presenta las mismas características reduciendo el tiempo de espera del resultado.

No es mi intención entrar en detalles tecnológicos y/o científicos, no pongo en duda la labor de innovación de los padres del Cry translator pero sí tengo algunas cuestiones de sentido común rondando por mi cabeza :

-¿No se corre el riesgo, con esta aplicación, de romper y sustituir la relación de aprendizaje en la comprensión entre padres e hijos que se establece desde el momento mismo del nacimiento?

-El llanto representa, de alguna forma, la base de una futura comunicación (tan importante entre padres e hijos), digo yo que quizá estos avances contribuyan a restar importancia a dicha comunicación…

– ¿El saber hacer y el saber estar de las madres (y padres) queda, así pues, en entredicho?

Como todo, al final, será cuestión de saber dosificar, sí al uso pero no al abuso. Yo, mientras tanto, cuando oiga llorar a mi bebé, seguiré haciendo caso a mis intuiciones!

cry